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Décès de Jean-Claude Batz

Il était producteur et un des fondateurs de l’INSAS

 

Le Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel est triste d'apprendre le décès ce 13 novembre de Jean-Claude Batz à l’âge de 90 ans.

Jean-Claude Batz était sociologue, producteur d'André Delvaux, créateur de l'Atelier de production de l'INSAS qui a servi de modèle à la création des ateliers d'accueil et de production, et auteur en tant qu'expert auprès du Conseil de l'Europe, de nombreux rapports de synthèse sur le l'avenir du cinéma européen qui ont donné naissance au plan MEDIA.

Le service présente ses sincères condoléances à ses proches dans ces moments douloureux.

 

Jean-Claude Batz est l’un des fondateurs de l’INSAS, la célèbre école de cinéma de Bruxelles, en 1962, et organisa, en 1963, un colloque sur « Le problème de la production des films en Belgique » à l’Institut de sociologie de l’Université libre de Bruxelles. Son trait de génie fut de convier à ce colloque, non seulement les professionnels du cinéma, les universitaires et les politiques belges, mais aussi d’inviter producteurs, réalisateurs et universitaires européens. Dès cette époque, il proposa aussi aux responsables de la Commission européenne – très disposés à supprimer les aides publiques au cinéma – d’adopter une politique d’« harmonisation » communautaire. 

Ce colloque aurait une incidence énorme en Belgique : puisque c’est à sa suite que furent créées des avances sur recettes, tant du côté flamand (en 1965) que du côté francophone (en 1967). Et que ce sont ces financements publics qui ont permis au cinéma belge de fiction de connaître une véritable émulation.

En 1968, Jean-Claude Batz récidive, en organisant toujours avec l’Institut de Sociologie de l’Université libre de Bruxelles, un colloque international sur « Les voies et moyens d’une politique commune de la cinématographie dans le Marché commun ». Cette fois, il s’associe aussi à Claude Degand, économiste du cinéma travaillant au CNC, et représentant ainsi l’État français.

Jean-Claude Batz et Claude Degand font véritablement figures de précurseurs.

Parallèlement à son activité d’enseignant à l’INSAS, Jean-Claude Batz devient en 1971 producteur délégué de La Nouvelle Imagerie, maison de production constituée par André Delvaux. A ce titre, il devient producteur de ses films, qui sont la plupart du temps des co-productions franco-belges, mais aussi (pour Bevenuta, en 1983, qui réunit Fanny Ardant et Vittorio Gassman) une co-production tri-partite Belgique - France - Italie. 

A propos de Jean-Claude Batz, avec qui il développa une réelle complicité, André Delvaux dit, à la fin de sa vie : « Il est essentiel pour un cinéaste d’avoir un producteur complice, qui ne freine pas les élans, mais attire vers le haut. (…) Mais Jean-Claude était plus qu’un producteur. De la fin des années 1950 à la fin des années 1980, il a joué pour le cinéma belge un rôle essentiel, celui d’aiguilleur. Il a été à ce moment la boussole permanente de notre cinématographie. Nous manquons de personnalités comme Jean-Claude Batz, qui puissent allier une « pensée sur le cinéma » à une pratique du métier.

Jean-Claude Batz poursuivit en effet, en Belgique, sa foisonnante activité d’agitateur d’idées. C’est lui qui est à l’origine des « ateliers de réalisation et de production ». Ces ateliers sont d’abord mis en œuvre dans les années 1970 au sein des écoles de cinéma, pour que les étudiants puissent avoir un financement pour leurs films de fin d’études. Puis, dans le courant des années 1980, cette formule (qui consiste à assurer à des structures de production une aide pérenne de l’État en fonction d’objectifs précis) est déclinée en ateliers de production pour les films documentaires (le CBA et le WIP, qui permettront ainsi un renouveau du cinéma du réel, avec un foisonnement de talents : Manu Bonmariage, Thierry Michel, Richard Olivier…) ou en atelier de production vidéo (qui permettra aux frères Dardenne de réaliser leurs premiers films).

Après le débat houleux du GATT sur « l’exception culturelle » en 1993, Jacques Delors (alors Président de la Commission européenne) souhaite établir un état des lieux et, avec les professionnels des différents pays de l’Union, provoquer synergie et émulations.

Une bonne partie de ses recommandations de Jean-Claude Batz seront retenues dans un document préparatoire édité par la Commission européenne, comme l’idée de permettre la mise en place d’incitants fiscaux.

J’étais présent à la Conférence audiovisuelle de Bruxelles. Je me rappelle que Jean-Claude Batz fut salué en séance plénière comme un précurseur, par une « standing ovation » de plusieurs centaines de professionnels du cinéma et de députés européens.

Alors qu’il a pris sa retraite de l’enseignement, Jean-Claude Batz continue son travail d’expertise – cela indépendamment de toute pression, de manière à la fois passionnée et totalement désintéressée. Son analyse n’est que plus riche. Son texte, L’Audiovisuel européen : un enjeu de civilisation (paru en 2005, aux éditions Séguier) aborde une nouvelle dimension. Batz nous parle du risque de déperdition culturelle et identitaire, au cas où le marché européen de l’audiovisuel continuait à outrageusement être dominé par les produits manufacturés made in USA

Toute sa vie, Jean-Claude Batz s’est battu pour que la production puisse être au service de la création et pour la place centrale du cinéaste.

Puisse son combat être perpétué.